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Enrichir ses compétences humaines, émotionnelles et cognitives

Les soft skills pour les professionnels du chiffre : des compétences qui rapportent

Décryptage

10 décembre 2020

S’il existe une activité professionnelle dont le socle de compétences relève des hard skills, c’est bien celle de la gestion des chiffres. Les compétences humaines, émotionnelles et cognitives sont-elles pour autant hors-jeu ? Dès la phase de recrutement et, depuis peu, dans le cadre même des diplômes de certaines écoles, les soft skills s’invitent dans ces métiers très normés. Dans quelles perspectives ? Revêtent-elles un caractère stratégique pour les collaborateurs, voire pour les structures qui les emploient – cabinets d’expertise-comptable ou d’audit en tout premier lieu ? Éléments de réponse.

 

Quand les soft skills répondent aux nouveaux besoins des professionnels du chiffre

En préambule, précisons que les métiers du chiffre regroupent les professionnels évoluant en cabinet (experts-comptables, auditeurs financiers, commissaires aux comptes) et ceux exerçant au sein des entreprises – contrôleurs de gestion, directeurs financiers, directeurs administratifs et financiers (DAF) notamment. Sachant que les experts-comptables par exemple, s’inscrivent dans l’un ou l’autre de ces « mondes ».

Si certaines soft skills s’avèrent structurantes pour les DAF – de par la nature transversale de la fonction, ces véritables chefs d’orchestre articulant plusieurs types d’expertises tout en interagissant fréquemment avec les ressources humaines ou la DSI notamment [1] -, elles ont investi plus récemment le champ de compétences des contrôleurs de gestion. Ainsi, dans un contexte d’accélération digitale et de transformations successives, la direction générale les sollicite de plus en plus souvent pour une aide à la décision stratégique. Au-delà de compétences organisationnelles « classiques » (lesquelles relèvent d’ailleurs du champ des soft skills), les contrôleurs de gestion doivent faire preuve d’anticipation et de « créativité » dans les solutions qu’ils proposent. Mués en chefs de projet, leurs capacités de communication, voire de management transversal, sont par ailleurs challengées.

Quid de professions telles que les experts-comptables ou les auditeurs ?

Trois évolutions conjuguées permettent de mieux saisir l’impact des soft skills sur leurs périmètres d’intervention :

  • L’arrivée d’une nouvelle génération de collaborateurs, dont les attentes et besoins se distinguent nettement de ceux de leurs prédécesseurs, avec une formation initiale différente également ;
  • L’orientation de ces professions vers une activité de services et de conseil [2] génératrice de « marge » pour les cabinets, là où les prestations classiques deviennent moins rémunératrices ;
  • La digitalisation de ces activités et l’arrivée du Big Data, avec la concurrence annoncée de l’IA.

Dans ce contexte, le management pyramidal qui était la norme dans les cabinets d’expertise comptable notamment, engendre un taux de turn-over élevé. Un collaborateur en cabinet reste en moyenne trois ans : durant la 1re année, il apprend ; durant la 2e, il s’investit sans s’économiser ; la 3e année, il cherche à partir. Ce phénomène occasionne des coûts cachés de formation-recrutement et de fidélisation, non négligeables pour les cabinets bien qu’ils ne figurent pas explicitement dans les bilans comptables.

 

Communication, gestion du temps et du stress, apprendre à apprendre : dans quels contextes ces compétences sont indispensables ?

Le temps où l’unique interaction des experts-comptables concernait les chiffres qu’ils présentaient, est définitivement révolu. Désormais, la qualité de la relation qu’ils nouent avec leurs clients est au cœur de leurs missions. Les nouveaux axes de développement que sont les dimensions de services et de conseil sont en effet essentiellement portés par les collaborateurs des cabinets.

D’où l’importance de la communication [3], à destination de leurs interlocuteurs externes, auprès de leurs pairs ou d’autres professions libérales avec lesquelles ils mènent des projets transversaux (les avocats par exemple). Sachant que la communication client s’inscrit dans des contraintes déontologiques qui rendent caduques la plupart des formations « classiques » dédiées. Sachant également que la communication repose sur l’écoute active, avec la reformulation des besoins pour s’assurer de les avoir bien compris afin d’y apporter la réponse la plus adaptée.

En interne, l’écoute et la communication contribuent à renouveler l’approche du management. Elles permettent notamment de renforcer la cohésion d’équipe et la qualité des relations interpersonnelles, dans des métiers où chacun a davantage de contacts avec ses clients qu’avec ses pairs ou son manager. Qu’il s’agisse d’onboarding ou de fidélisation des collaborateurs, on les retrouve aux avant-postes.

Autre exemple, celui du télétravail. Par la force des choses dans un premier temps – en raison du confinement -, il s’est inscrit dans les pratiques des experts-comptables, leurs missions pouvant tout-à-fait être réalisées à distance. Cette « souplesse » constitue l’une des réponses aux attentes de la nouvelle génération rejoignant les cabinets. La mise en valeur et la reconnaissance du travail effectué, en sont une autre ; un merci ne coûte rien et peut rapporter gros !

Dans une perspective plus individuelle, bien qu’une organisation du travail « cohérente » soit également décisive, la gestion du temps et du stress font figure de compétences clés pour les professionnels du chiffre. Car il est impossible de négocier les échéances ! Fixées par des tiers (État, collectivités), une majoration de 10 % s’applique de fait en cas de non-respect. Dans ces métiers, il faut donc identifier son rapport au temps, apprendre à le délimiter et à fixer des priorités, pour en garder la maîtrise. Quant à la gestion du stress, elle nécessite notamment de comprendre le phénomène du syndrome général d’adaptation (SGA – le nom scientifique du stress) et de tenter d’anticiper son apparition en s’appuyant sur des « modérateurs de stress » tels que la respiration et la relaxation, le rire, ou le dialogue / la communication – on y revient.

Autre compétence décisive dans ces métiers voués à se renouveler en profondeur, celle d’apprendre à apprendre. Qui attend encore des collaborateurs de cabinets d’expertise comptable qu’ils fassent « de la saisie au kilo » ? La mobilisation de cette compétence leur permet de naviguer dans les nouvelles technologies et de suivre les évolutions des systèmes d’information, ou de s’approprier certains outils d’analyse de données afin d’être en mesure de les exploiter.

 

Les prochaines étapes en vue d’intégrer pleinement les soft skills, de la formation initiale jusqu’au cœur des métiers

Pour devenir expert-comptable, huit années d’étude sont nécessaires. Malgré la réforme des programmes intervenue cette année, ce parcours de formation initiale et le référentiel d’État auquel il se réfère ne comportent qu’une approche très limitée de la communication, du marketing ou du management opérationnel.

Toutefois, des portes s’ouvrent. Ainsi voit-on apparaître, dans certaines écoles, des projets visant au développement des soft skills chez les étudiants ; c’est le cas de l’ENOES depuis septembre 2020. Ce type d’actions suffira-t-il à ce que des compétences telles que la conscience de soi, l’expression orale ou l’esprit d’équipe « fassent partie intégrante du cursus du Diplôme de Comptabilité et de Gestion (DCG) » – objectif affiché de l’ENOES ? On peut légitimement en douter, tout en saluant l’initiative.

Dans les métiers du chiffre, l’imprégnation des esprits progresse par ailleurs, comme en témoigne la thématique du 75e Congrès de l’Ordre des Experts-Comptables [4] : Management x Marketing x Marque : l’équation gagnante au service de la relance économique.

 

Charge aux professionnels du chiffre de se doter des soft skills clés leur permettant de conserver une valeur ajoutée par rapport aux plateformes qui proposent une gamme de services de plus en plus étendue [5]. Une valeur ajoutée qui se joue sur la dimension humaine, dans la qualité de la relation ou du conseil apporté, et dans une compréhension très fine des besoins clients. À cet égard, l’impact des soft skills peut se traduire… en belles courbes de croissance.

 

Article rédigé avec le concours de Nelly Kerscaven, Directrice de l’offre et de la pédagogie chez Francis Lefebvre Formation, Maître de conférences associé en Sciences de Gestion à Sorbonne Université, Diplômée d’Expertise comptable.

 

[1] Le DAF ne détient pas toujours lui-même l’ensemble des expertises qu’il coordonne, même s’il doit avoir une bonne compréhension de chacune. Parmi les compétences qu’il doit détenir, citons le management transversal, le leadership ou la communication.
[2] Exemples : mettre en place des KPI pour faire des tableaux de bord de suivi, proposer à ses clients un accompagnement de la gestion de leur patrimoine personnel, les accompagner dans l’optimisation de leur retraite.
[3] L’expression écrite et le registre de communication à adopter selon le type d’interlocuteur, posent également problème à de nombreux collaborateurs.
[4] Ce congrès s’est déroulé à distance du 30 septembre au 2 octobre 2020 (plénières, conférences, ateliers).
[5] Ceci en coordination avec les autorités de tutelle supervisant les diplômes d’Expertise comptable (diplômes d’État).
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Author: docendi

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