Le Blog des Soft Skills

Enrichir ses compétences humaines, émotionnelles et cognitives

Renforcer notre potentiel d’attention pour mieux apprendre

Décryptage

29 mars 2019

Enjeu majeur de l’ingénierie pédagogique, préoccupation des managers et des collaborateurs au regard de la productivité, l’attention figure dans de nombreuses expressions du quotidien, suivie d’un point d’exclamation. Nos capacités d’attention sont-elles extensibles ? Quelles sont les bonnes pratiques pour la stimuler en évitant tout risque de dilution ? Éléments de réponse et pistes de réflexion.

 

Attention, concentration : de quoi parle-t-on ?

Requise dans tous les champs de la vie personnelle et professionnelle, l’attention nous permet de percevoir et de mémoriser, de réaliser tout type d’activités dans le cadre d’un « projet » – parce que cela nous intéresse ou pour atteindre un objectif.

Mais comment fonctionne l’attention, sous l’angle neuroscientifique ? Gaëtan de Lavilléon, cofondateur de l’agence Cog’X [1] et docteur en neurosciences, l’exprime ainsi : « L’attention est un filtre qui permet à notre cerveau de faire en permanence le tri entre les choses importantes et celles qui ne le sont pas ». Une sélection indispensable car notre cerveau ne peut traiter le flux d’informations qui lui parvient à chaque instant et lui apporter du sens. Si l’attention est capable de « se partager » entre plusieurs activités – exemple : nous conduisons tout en parlant avec notre passager -, les ressources cérébrales mobilisées sont alors plus élevées.

À ce stade il est nécessaire de distinguer l’attention et la concentration. « L’attention fonctionne comme un objectif grand angle qui photographie l’ensemble du paysage » explique Sylvie Latour, formatrice docendi Efficacité & Productivité [2]. Avec la concentration, « on effectue un zoom pour capter la coccinelle venue se poser sur un brin d’herbe ».

L’attention et la concentration agissent de façon complémentaire tout en étant interdépendantes. Les deux doivent être mobilisées dans le cadre de l’apprentissage. Et lorsque le degré de concentration est élevé, certains stimuli non pertinents deviennent invisibles ! Le Selective Attention Test des professeurs en psychologie Daniel Simons et Christopher Chabris en témoigne.

 

Démêler le vrai du faux en matière d’attention

Dans le langage quotidien, faire attention c’est regarder autour de soi et écouter ce que l’on nous dit ; mais la vue et l’audition ne sont pas les seuls sens impliqués.

L’attention s’active grâce à l’ensemble des récepteurs sensoriels cérébraux. Elle consiste à « identifier » un événement extérieur ou interne puis à le maintenir à un certain niveau de conscience. Exemple : un bruit soudain nous fait tourner la tête ; s’il correspond à une détonation, nous allons conserver un niveau d’attention élevé jusqu’à comprendre précisément la situation.

Justement, combien de temps celui-ci peut-il rester maximal ?

« En formation, indique Sylvie Latour, lorsque l’intérêt pour le sujet est important et que le message à faire passer est clair et impactant, il est possible de maintenir un niveau attentionnel de qualité [3] durant une dizaine de minutes [4]. »

Il est important de comprendre que nos capacités attentionnelles ne dépendent pas de notre seule volonté. Des sources de distraction d’ordre physiologique viennent les perturber : la faim, la soif, la fatigue, la maladie. À l’inverse, la régulation d’un autre facteur physiologique, la respiration, favorise l’attention. « Le fait de prendre une inspiration profonde en expirant ensuite de façon rapide, plusieurs fois, nous remet en énergie en oxygénant notre cerveau. » L’hydratation et la mobilité constituent également d’excellents alliés.

 

L’attention comme socle de l’apprentissage

Pour apprendre, il faut porter son attention sur le sujet à appréhender. La motivation entre en action ! Il en existe deux types, qui peuvent se conjuguer :

  • La motivation intrinsèque, où l’intérêt de l’apprenant pour le sujet traité ou la discipline est moteur. Exemple : adorer les sonorités de la langue russe et l’apprendre « pour le plaisir ».
  • La motivation extrinsèque, où l’impact de la formation est jugé positif par l’apprenant. Exemple : se former à la communication orale pour optimiser ses interventions et, in fine, bénéficier d’une augmentation.

La posture du formateur joue également un rôle décisif.

« Quand j’anime une formation, je m’interromps pour accueillir les premiers participants même si je suis en train de préparer la salle, relate Sylvie Latour ». Donner son attention dès le premier instant permet de la recevoir en retour. Idem pour le lien humain qui se noue entre le formateur et l’apprenant, potentiel « activateur » de motivation lorsque le participant n’a pas choisi sa formation.

 

Stimuler l’attention grâce à un duo de choc : nos sensations et nos émotions

En dehors de la motivation, le degré d’attention dépend du niveau de pression ressenti. Au top en état de flow, il s’affaiblit en cas d’anxiété et devient presque inexistant dans un contexte de rêverie ou d’ennui, ainsi qu’en état d’épuisement.

D’où la nécessité d’appliquer des stratégies pour englober ces fluctuations ! L’idée n’est pas de se priver du fonctionnement du cerveau en mode diffus [5] ; le « lâcher-prise cognitif » est en effet indispensable pour laisser infuser les informations. Le cerveau effectue alors des liens entre ce qu’il vient de découvrir et ses connaissances préalables.

Quelles sont les activités qui favorisent ce mode diffus ?

  • Les temps de pause ;
  • Les séquences de formation recourant à l’imagination (proposition personnelle à construire dans le silence et à son rythme ;
  • Les activités qui génèrent des émotions (diffusion d’une vidéo amusante) ;
  • Les actions qui mettent le corps en mouvement (perceptions physiques, faire quelques pas, changer de place dans la salle).

Le duo sensations-émotions se révèle également puissant pour produire des réveils attentionnels ! Les ruptures de rythme et de ton, l’alternance des méthodes pédagogiques (partage de ressources, mise en pratique) et de modalités d’apprentissage (travail seul, en binôme, en groupe) donnent l’occasion au cerveau de faire ce pour quoi il est conçu : réagir à l’imprévu.

On renforcera l’attention des participants :

  • En hiérarchisant les informations et en séquençant leur transmission ;

L’attention des apprenants peut ainsi se focaliser sur une donnée plutôt qu’une autre. En cas de surabondance (en nombre et dans le temps), l’attention se portera sur plusieurs éléments mais les phases suivantes de l’apprentissage seront fragilisées, la mémorisation notamment.

Renforcer notre potentiel d'attention pour mieux apprendre

La pyramide de l’apprentissage.
Source : NeuroLearning, les neurosciences au service de la formation de Nadia Medjad, Philippe Lacroix et Philippe Gil

 

  • En employant des termes compréhensibles par le groupe auquel on s’adresse et en favorisant la création de liens avec des notions déjà connues.

D’où l’intérêt de disposer d’une vision d’ensemble du niveau et des connaissances des apprenants via un dispositif de recueil d’informations et d’introduction à la formation, en amont de celle-ci.

 

Assumer une co-responsabilité entreprise/salariés dans le renforcement attentionnel

Multiplication des mails, hyperconnexion (dans et hors des murs de l’entreprise), généralisation du travail en open space : nos capacités attentionnelles sont fortement sollicitées alors même que l’attention est une ressource limitée. Limiter au maximum la fréquence des sollicitations constitue désormais un impératif pour les organisations.

Quelques exemples de bonnes pratiques lorsqu’on apprend :

  • Déposer téléphones et autres écrans sur une étagère qui permet d’en recharger les batteries pour des séquences low tech ;
  • Ne PAS déranger les collaborateurs lorsqu’ils sont en formation – dans l’esprit du dispositif 505 préconisé par l’expert en management de la formation Jonathan Pottiez [6] (avant la formation, 5 minutes d’échanges entre le manager et le collaborateur sur le programme de formation, les objectifs ; 0 minute de sollicitation du manager durant la formation ; à son issue, 5 minutes d’échanges du manager avec le collaborateur sur les acquis de la formation et leur utilisation en situation de travail).

 

De nombreux facteurs influent sur notre efficacité cognitive. L’attention occupe néanmoins la pole position en tant que voie d’accès prioritaire à l’information ! D’où l’importance de comprendre son fonctionnement et de mettre en œuvre des stratégies pour la fortifier et la réguler. Cela concerne tout autant les apprenants que les formateurs, les managers que les collaborateurs. Stay focused !

 

[1] Cog’X est une agence de conseil et d’études en sciences cognitives.
[2] Sylvie Latour anime plusieurs formations de la gamme Efficacité & Productivité de docendi. Designer de formations, elle est aussi scénariste et conseil au sein de Syco.More.
[3] On parle là de concentration.
[4] On trouve des études concluant à un niveau d’attention élevé n’excédant pas 3 minutes, d’autres parlent de 20 à 25 minutes.
[5] Lorsque nous sommes concentrés, notre cerveau fonctionne en mode focus.
[6] Chef de projet C-Campus, Jonathan Pottiez est docteur en sciences de gestion, auteur de L’évaluation de la formation (2013 et 2017).
docendi

Author: docendi

Organisme de formation certifié OPQF, docendi propose, depuis sa création en 2000, une formule pédagogique multimodale novatrice alliant présentiel et accompagnement digital avant et après formation.
Cette pédagogie interactive et personnalisée est particulièrement efficiente pour le développement des soft skills : management, développement de soi, communication interpersonnelle et efficacité professionnelle.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER

Merci, vous êtres bien inscrit à la Neswletter de docendi