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Management : comment les séries TV nous invitent à développer notre propre style

Décryptage

21 février 2019

Plusieurs ouvrages de management et divers articles se sont récemment penchés sur les héros de séries TV, vus sous l’angle managérial. Les méthodes, le comportement de nombreux personnages de fiction pourraient en effet « éclairer » et inspirer nos propres pratiques de gestion en entreprise [1]. L’impact de ces paraboles est-il réel ? Comment utiliser ces exemples à bon escient lors des sessions de formation ? docendi ouvre le dossier, garanti sans spoil !

 

Management ou leadership ? Nos séries préférées deviennent « supports » d’apprentissage

Partons de la définition proposée par Benoît Aubert et Benoît Meyronin [2], auteurs de l’ouvrage De Mac Gyver à Mad Men, quand les séries TV nous enseignent le management en 2017 : l’entreprise constitue « un assemblage disparate d’êtres humains qui doivent cohabiter au service d’un dessein collectif qui les dépasse tous ». Dès lors, rien d’étonnant à ce que les séries TV et leurs héros – qui font partie de l’imaginaire collectif – permettent de créer un langage commun en vue d’explorer les grandes théories et principes du management.

Responsable de la gamme dédiée de docendi et par ailleurs series addict, Thomas Flament partage leurs autres apports :

  • Capter l’attention des apprenants différemment -> associée au divertissement, l’évocation des séries TV provoque un sentiment positif chez les apprenants, que l’on ne retrouve pas toujours avec les personnalités réelles (Steve Jobs, Barack Obama entre autres). On s’inscrit spontanément dans le registre du storytelling.
  • Faire prendre conscience des multiples voies d’apprentissage -> grâce à ces moments plus décontractés, les participants réalisent l’importance de ce qui se passe dans la salle de formation mais aussi dans la vie quotidienne, durant leurs loisirs, etc. L’inspiration est partout.

À ce stade, il est important de rappeler la différence entre management et leadership. De nombreux articles et certains ouvrages traitant des séries TV confondent en effet les deux notions.

  • Le leadership est la capacité à fédérer autour d’objectifs.
  • Le management consiste à piloter une activité tout en développant son équipe.

Le management est une fonction, le leadership plutôt une compétence qui va aider à manager.

 

Trois axes de management, trois séries cultes : Grey’s Anatomy, Designated Survivor, Game of Thrones

Dans les séries TV, les exemples illustrant le leadership sont plus nombreux que ceux relevant directement du management. Thomas Flament en propose trois, inédits [3] ; chacun de ces axes managériaux participe des nouveaux modes d’organisation du travail à l’œuvre dans les entreprises.

>> À lire même si vous ne connaissez pas la série !

La série grand public Grey’s Anatomy permet d’appréhender l’importance de la gestion des talents par les managers :

  • Au Seattle Grace Hospital, les titulaires apprennent la technique aux internes et résidents [4] tout en leur transmettant le sens des responsabilités, soft skill indispensable pour en faire les managers de demain ;
  • Avec un haut potentiel comme Cristina Yang, il faut assouvir la soif d’apprendre et le désir d’exprimer son talent sans brûler les étapes ni risquer de la mettre dans des situations périlleuses. Une recherche d’équilibre dont peuvent s’inspirer tous les managers confrontés à cette situation.

Autres axe et compétences : le rôle décisif des soft skills, mis en exergue dans la série Designated Survivor. Propulsé par les événements à la fonction de président, le héros, Tom Kirkman, ne dispose pas des hard skills nécessaires. Conscient de ses lacunes, il s’entoure des personnes aux compétences adéquates, y compris quand leurs points de vue divergent. Ses soft skills lui permettant de maintenir une cohésion interne, il initie un véritable partage d’expérience avec ses collaborateurs.

>> Attention : risque de spoil !

Dans l’emblématique série Game of Thrones, un personnage en particulier, Jon Snow, nous révèle toute l’importance de savoir apprendre de ses erreurs. Ayant gravi les échelons, l’une de ses grandes forces est d’accepter la différence de chacun et de réussir à fédérer. Lorsqu’il réunit les Sauvageons (le « peuple libre ») et la Garde de Nuit pour se battre contre l’Armée des Morts, il accorde toutefois une confiance excessive à ses troupes et une rébellion va naître. Une fois l’épreuve surmontée, il saura ne plus reproduire ce type d’erreur en se montrant plus prudent dans son style de management.

 

Faut-il prendre les « leçons » de management de nos héros préférés au sérieux ?

Dans un essai rédigé en 2017, les enseignants-chercheurs Christelle Théron (IAE Toulouse, CRM) et Stéphan Pezé (Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, IRG) décryptent les conseils de management du héros de House of Cards, Franck Underwood >> spoil possible -> successivement whip [5] du Parti Démocrate à la Chambre des Représentants, puis Vice-président des Etats-Unis, puis Président (saisons 1 à 5).

Répertoriant les sources qui s’y réfèrent, ils soulignent la restitution souvent partielle des différentes facettes et pratiques du personnage. Au fil des épisodes, Franck Underwood n’hésite pas en effet à commettre des actes graves, punis par la loi.

Au final, plutôt que de définir une norme par le biais des leçons de stratégie ou de management du personnage, les deux enseignants-chercheurs suggèrent de susciter la réflexion des étudiants sur les pratiques et principes évoqués.

En 2016, Yaël Yabison [6] enjoint également ses lecteurs à se positionner face aux « conseils » du même héros (et d’autres), dans son ouvrage Devenez le héros de votre vie (30 leçons de leadership des héros de séries TV). Le premier chapitre démarre par les propos de Franck Underwood : « Il y a deux types de vice-présidents : les paillassons et les matadors. Devinez dans quelle catégorie je me situe ? ». Et pourtant, être numéro 2 permet notamment :

  • D’observer de près son chef et « de tirer les leçons de ses meilleures pratiques, comme de ses pires erreurs ;
  • D’avancer sans être directement exposé ».

Thomas Flament livre une autre analyse du recours aux métaphores issues des séries TV. Certes, il n’est pas question de copier-coller le mode de management de nos héros préférés ! Néanmoins, on peut s’inspirer pleinement de leurs pratiques en considérant :

  • Qu’elles sont en phase avec leur personnalité ;
  • Qu’elles correspondent à la situation.

Ainsi, pour faire face à des morts-vivants et malgré son côté directif, nous serions tous heureux d’avoir un manager comme Rick Grimes[7] dans The Walking Dead ! Certaines situations nécessitent en effet de savoir être ferme dans la prise de décision.

Dans un autre contexte, le Dr House – qui manque cruellement d’empathie, d’où le taux de turn-over élevé dans son équipe – est inégalable quand il s’agit de proposer des missions stimulantes ! Avec lui, chaque collaborateur sait qu’il va pouvoir se développer.

Globalement, les pratiques managériales que nous identifions dans les séries font ressortir nos propres besoins ou désirs :

  • Comme manager, voudrais-je motiver davantage mes équipes ?
  • Comme collaborateur, aimerais-je que l’on me challenge sur certaines missions ?

In fine, nous pouvons apprendre à mieux gérer les situations et les enjeux en fonction de notre personnalité – et du moment. Ainsi, un manager aura parfois besoin de convoquer d’autres mentors ou ressources pour continuer à faire grandir son équipe : c’est l’exemple de la série animée Naruto, où le personnage principal change de sensei (maître) au fil de son parcours. Chacun lui apporte différents ingrédients qui participent à son évolution. Appliqué à l’entreprise, cela correspond à un système de mentorat, pratique peu développée dans nos entreprises, ou aux groupes de co-développement, déjà plus répandus.

 

Partagez-vous le point de vue de Thomas Flament de docendi ? Celui des enseignants-chercheurs Christelle Théron et Stéphan Pezé, ou de Yaël Gabison ? En toute hypothèse, l’intérêt des métaphores issues des séries TV est d’illustrer une théorie ou pratique managériale afin de la décrypter et de la questionner. Objectif final : pouvoir déployer le style de management qui correspond à ce que nous sommes – soft skills et hard skills, faiblesses et points forts inclus ! À suivre…

 

[1] Dans les structures collectives au sens large.
[2] Enseignant-chercheur en marketing, Benoît Aubert dirige l’ICD international Business School (groupe IGS).
Professeur à Grenoble École de Management, Benoît Meyronin est associé fondateur de l’Académie du Service.
[3] Ces exemples n’ont été évoqués dans aucun ouvrage ni article.
[4] Les résidents choisissent une spécialité et deviendront titulaires à l’issue de leur parcours de spécialisation.
[5] Dans les pays appliquant le système de Westminster ainsi qu’aux États-Unis, le whip est le député ou représentant en charge de la présence des élus de son parti et de leur vote selon les consignes du parti.
[6] Présidente de Smartside International (cabinet conseil spécialisé dans l’art de la conviction avec les techniques narratives), auteure et conférencière, Yaël Gabison rédige une rubrique mensuelle dans Management Magazine.
[7] Dans la série, Rick Grimes est shérif-adjoint du comté de King, près d’Atlanta. Il est amené à prendre des décisions rapides et à déléguer car il ne peut gérer seul toutes les urgences.

 

docendi

Author: docendi

Organisme de formation certifié OPQF, docendi propose, depuis sa création en 2000, une formule pédagogique multimodale novatrice alliant présentiel et accompagnement digital avant et après formation.
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