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Industrie et pédagogie du futur : la transition cognitive

Décryptage

29 décembre 2017

Les acteurs économiques et les pouvoirs publics souhaitent faire émerger un « nouveau monde industriel [1] ». Leur questionnement concerne la nature et les modes de développement de l’industrie du futur mais aussi, son pourvoi en compétences. Faut-il renouveler l’offre de formation en termes de modalités d’accès, de contenus, de méthodologie et d’articulation ? Inventer une pédagogie du futur ? Quelle place pour les soft skills ?
Exploration des enjeux économiques, pédagogiques et sociaux d’une transition éducative et cognitive dont l’impact pourrait égaler celui des transitions numérique et énergétique.

 

Construire l’industrie et la pédagogie du futur : deux projets en résonance

Depuis 2014, plusieurs organismes de référence en matière de prospective technologique ou industrielle mènent des réflexions pour aider les pouvoirs publics à mieux appréhender les enjeux de la transition numérique et sa traduction dans le champ social. Une note et un rapport retiennent l’attention : Formation professionnelle et industrie, le regard des acteurs de terrain de La Fabrique de l’industrie [2] et Industrie du futur : du système technique 4.0 au système social de l’Académie des Technologies [3].

Reposant sur les technologies 4.0, l’industrie du futur concerne les industries manufacturières ou de process ainsi qu’une partie des services à l’industrie, les HIKS (High Intensity Knowledge Services). Elle inclut une dimension écologique, des évolutions en termes de matériaux ou de sciences de la vie (biotechnologies, génie génétique…) ; des nouvelles technologies, nées de la rencontre entre nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives, s’y inviteront prochainement.

Définie entre autres par la compétitivité hors-prix [4] , la flexibilité, la réactivité des systèmes, la transformation de l’organisation du travail, elle requiert sur le plan humain un renouvellement régulier des compétences et des profils interdisciplinaires disposant de capacités interactionnelles.

Pour l’Académie des Technologies et la Fabrique de l’industrie, une précarisation des actifs pourrait en résulter. Aussi enjoignent-elles les pouvoirs publics à accompagner l’assouplissement du droit du travail d’un renforcement des dispositifs de sécurisation des parcours professionnels. Il s’agit de repenser, structurellement, le système de formation.

 

Un continuum de formation comme pilier de la transition éducative et cognitive

Selon Gabriel Colletis, professeur à l’université Toulouse 1 Capitole, la division du travail dans l’industrie du futur devient « cognitive, basée sur la complémentarité des compétences ». Le salarié cognitif travaille en collaboration ou en réseau tout en résolvant des problèmes de manière autonome.

L’industrie du futur donne lieu à une transition éducative – les seuls savoirs disciplinaires ne suffisant plus à conduire sa vie professionnelle – et cognitive, la formation initiale devenant une étape dans un parcours fait d’acquisitions de compétences successives.

Mais comment articuler l’appareil de formation ? La césure entre formation initiale, apprentissage et formation continue doit être abolie, tout comme la barrière entre formations diplômantes et certifiantes. Il est crucial de créer des passerelles.

L’offre de contenus doit également évoluer. Aux côtés des hard skills – capitales – les soft skills deviennent stratégiques car elles favorisent la sociabilité, le travail collaboratif et l’adaptation à divers types d’environnement. Une intelligence collective naît de l’agrégation des soft skills des collaborateurs.

 

La pédagogie du futur, concentré d’innovations et d’expérimentations

Dès lors, un renouvellement méthodologique s’impose.

L’Académie des Technologies plaide ainsi en faveur d’une pédagogie du futur incluant des usines-écoles comme l’Innovation Center for Operations (ICO) créé par le Boston Consulting Group et CentraleSupélec [5] . Le recours à des technologies innovantes au service de problématiques industrielles participe d’une pédagogie proactive.

Elle appelle également à la simultanéité des approches collectives et individuelles assistées par les technologies (digital learning, Intelligence Artificielle, technologies immersives ou conversationnelles [6] …). Les sciences cognitives appliquées aux apprentissages donnent lieu à des expérimentations comme celle de la pédagogie par projet, sous la houlette de l’ancien recteur Jean-Marc Monteil dans une centaine de lycées professionnels.

Mais l’innovation est déjà présente dans l’offre de formation continue ! Nombre d’organismes de formation professionnelle recourent à des communautés apprenantes – des groupes d’apprenants incluant au moins un animateur, qui cherchent à acquérir des compétences, mus par une volonté et un objectif, communs -, à la gamification (dont les neurosciences valident l’efficacité) ou au blended learning, qui permet d’acquérir des compétences en présentiel et d’être accompagné en ligne.

 

Investir dans les compétences des collaborateurs comme on investit dans la R&D

Certaines entreprises mènent des actions de formation pour ajuster les compétences de leurs salariés à leurs besoins mais aussi dans la perspective de développer leur employabilité ; leur démarche relève alors de la RSE [7] . Elles contribuent à réduire de futurs coûts sociaux via la formation de l’ensemble de leurs populations, une politique de GPEC proactive, l’accompagnement des salariés dans leurs parcours de formation…

Des fondations comme Terra Nova suggèrent plusieurs types de mesures pour inciter toutes les structures à investir dans le capital humain et à devenir des organisations apprenantes. Entre autres, l’alignement des cotisations chômage sur la qualité de la politique de formation (proposition des économistes M. Lemoine et E. Wasmer) ou la mise en visibilité de la politique de formation par une notation sociale [8] .

 

Dans un environnement ultra concurrentiel où les technologies sont sans cesse upgradées et où la polyvalence du collectif de travail s’avère cruciale, l’être humain constitue une valeur ajoutée décisive. Dès lors, une nouvelle conception de la formation, envisagée comme un droit « fondamental » pour chacun d’entre nous, devrait s’imposer.
La pédagogie du futur sera-t-elle au rendez-vous de la réforme de la formation professionnelle en discussion entre les partenaires sociaux et le gouvernement ? Réponse en avril 2018.

 

[1] On doit ce concept au philosophe Bernard Stiegler, qui dirige l’IRI (Institut de recherche et d’innovation) et préside l’association Ars Industrialis, Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit.
[2] La Fabrique de l’industrie est un laboratoire d’idées créé pour que la réflexion collective sur les enjeux industriels gagne en ampleur et en qualité. Elle est présidée par Louis Gallois, Président du Conseil de Surveillance de PSA, également à la tête de l’Association des acteurs de la solidarité, et Pierre-André de Chalendar, PDG du groupe Saint-Gobain.
[3] L’Académie des Technologies est un établissement public administratif national placé sous la tutelle du ministre chargé de la Recherche. Son rapport sur l’Industrie du futur couvre tous les aspects de la formation (initiale, apprentissage, continue) et explore également le rôle des régions.
[4] La compétitivité hors prix se construit entre autres via l’innovation technologique intégrée aux offres, leur personnalisation et l’attention portée à l’expérience utilisateur.
[5] L’ICO recourt à des technologies innovantes au service de problématiques industrielles. Huit grandes familles sont déployées, des robots et machines collaboratives au big data ou à la simulation et jusqu’au Cloud et à la cybersécurité.
[6] La réalité virtuelle et la réalité augmentée.
[7] La RSE ou Responsabilité Sociétale des Entreprises est la prise en compte par l’entreprise des aspects sociaux et environnementaux dans la mise en œuvre de ses actions.
[8] L’Académie des Technologies propose, elle, la création d’un statut d’Entreprise formatrice : un label verrait le jour, assorti d’un crédit d’impôt spécifique Formation professionnelle

 

docendi

Author: docendi

Organisme de formation certifié OPQF, docendi propose, depuis sa création en 2000, une formule pédagogique multimodale novatrice alliant présentiel et accompagnement digital avant et après formation.
Cette pédagogie interactive et personnalisée est particulièrement efficiente pour le développement des soft skills : management, développement de soi, communication interpersonnelle et efficacité professionnelle.

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