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Formations digitalisées : une dimension « apprenante » née d’un subtil dosage pédagogique

Paroles d'Experts

24 novembre 2020

A propos de l'auteure : Aurélie Van Dijk

Les acteurs de la formation professionnelle n’ont pas attendu le confinement pour découvrir la digitalisation des modalités d’apprentissage. Toutefois, l’accélération fulgurante que celui-ci a générée n’a rien à voir avec la montée en puissance progressive observée précédemment. Alors que le travail à distance devrait perdurer dans de nombreuses entreprises à raison de quelques jours par semaine, les contenus digitaux distanciels sont vraisemblablement promis à un bel avenir ! D’où l’importance d’en identifier les leviers et écueils éventuels. Quels sont les secrets des formations digitalisées « apprenantes » ?

 

Les formations digitalisées vont s’imposer durablement sur le marché de la formation

Un rappel en préambule : on a souvent tendance à associer les formations digitalisées à des formules distancielles. Or le digital peut tout-à-fait venir nourrir le présentiel ou le blended learning, qui mêle présentiel et distanciel ! Certains organismes de formation proposent en effet des quiz digitaux pour dynamiser leurs sessions en salle, par exemple [1].

De la même manière, les formations digitalisées peuvent se dérouler sur des temps synchrones ou asynchrones. Dans le premier cas, des outils digitaux dédiés sont utilisés alors que tous les apprenants sont réunis, en présentiel ou à distance ; l’usage est alors synchrone. Dans le second cas, les participants accèdent à ces outils au moment de leur choix, dans le cadre de formations digitalisées à distance (ou de temps distanciels lors de formations blended), ceci de façon asynchrone.

Une fois ce cadre posé, interrogeons l’attrait des contenus digitaux, notamment distanciels, au-delà du contexte de crise sanitaire ; en effet, le confinement les avait mués en uniques modalités d’apprentissage mobilisables !

Qu’ils les aient expérimentées « par obligation » ou qu’ils n’aient jamais douté de leur pertinence, les formations digitalisées à distance présentent un avantage majeur pour les responsables formation et leurs entreprises : leur rapidité de déploiement. Permettant une réactivité décisive dans un monde en mutation, elles ont globalement montré leur efficacité ces derniers mois.

Parmi leurs atouts intrinsèques, figure la variété des modalités digitales à disposition, des capsules de micro-learning (moins de 5 minutes) aux classes virtuelles en passant par les serious games– entre autres.

De par leur dimension asynchrone, les outils digitaux dotent les apprenants du pouvoir de choisir leurs moments d’apprentissage : quand ils sont disponibles, et attentifs puisqu’ils décident eux-mêmes de consulter un contenu de formation. Permettant une expression anonyme dans le cadre de sondages par exemple, les formations digitalisées « libèrent » les participants les plus réservés, souvent inhibés en présentiel.

Autre avantage non négligeable, la possibilité de conserver une trace de la participation des uns et des autres ; il est facile par exemple d’ajouter les post-it digitaux collectés lors d’une classe virtuelle, au dossier reprenant les slides présentées.

Tout cela n’amoindrit nullement les atouts du présentiel, pépite dans ses dimensions de face-à-face pédagogique et de production collective notamment.

 

Quels leviers privilégier pour proposer des formations digitalisées efficientes ?

J’aborderai ici deux formules distinctes, bien que d’autres dispositifs puissent être envisagés.

Commençons par un parcours facile à déployer sur le terrain, qui « immerge »  les participants dans une bulle de formation, ce qui favorise l’apprentissage. Là où le concept initial, en blended learning, proposait 2 jours en présentiel – ouverts par une préparation amont et prolongés par un accompagnement aval tous deux digitaux, en distanciel -, cette formation digitalisée transpose le présentiel en distanciel via 4 classes virtuelles[2].

Pour enrichir le temps synchrone de chacune d’elles, le formateur mobilise toute une palette d’outils digitaux : quiz, nuages de mots ou sondages, brainstormings, vidéos, mais aussi présentations Powerpoint et chat. L’objectif est de provoquer des réveils attentionnels chez les apprenants tout en favorisant la cohésion et la dynamique de groupe. À cette fin, le formateur varie les rythmes et les modalités d’apprentissage, en grand groupe ou en sous-groupes. Il invite les participants à se fixer des objectifs à atteindre à l’issue des classes virtuelles, pour les rendre pleinement acteurs de leur formation. Œuvrant à les faire interagir entre eux ou avec lui, le formateur les stimule pour qu’ils participent activement.

Inspirée du fonctionnement du cerveau décrit par les neurosciences, une autre formule consiste à « étaler » l’apprentissage à distance dans le temps, toujours via des classes virtuelles [3]. L’un des principaux intérêts réside dans les pans d’intersessions entre chaque temps synchrone, durant lesquels les nouveaux apports vont pouvoir maturer.

Leur appropriation ainsi que la consolidation des acquis [4] s’effectuent par deux voies : 1) la répétition d’une notion lors de plusieurs classes virtuelles espacées, et durant les intersessions via des exercices dédiés 2) la mise en perspective des expériences individuelles. Le formateur peut ainsi débriefer lors de la classe virtuelle suivante, devant le groupe tout entier. Ces intersessions sont aussi l’occasion de commencer à réfléchir aux prochains contenus, dans une perspective ludique de préférence (quiz, vidéo).

Quelle que soit la formule envisagée, l’ingénierie pédagogique qui la sous-tend, et les méthodes d’animation, activent les 4 piliers de l’apprentissage définis par Stanislas Dehaene dans son ouvrage Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines[5] : 1) l’attention 2) l’engagement actif 3) le feedback ou apprentissage par essai/erreur 4) la consolidation.

 

Quels sont les « risques » des formations 100 % à distance ? Quelles bonnes pratiques y répondent ?

Lors du confinement, j’ai perçu un certain nombre de tensions chez les apprenants, liées au contexte ou à la crainte de « perdre quelque chose » par rapport aux formations présentielles. Le réajustement, indispensable, des séquences pédagogiques est assimilé par certains à un déficit de contenus ou à une qualité moindre. Il convient alors de les rassurer, en évoquant toutes les ressources complémentaires qui leur sont transmises, au-delà de celles partagées directement lors des classes virtuelles ou dans le cadre des séquences de préparation / amont et d’accompagnement / aval.

Face à ces tensions, des exercices de respiration sont utiles pour permettre à chacun de se reconnecter à son corps et à lui-même, ainsi qu’au moment présent et aux autres participants. La conscience du groupe s’amoindrit d’ailleurs en distanciel, certains apprenants engageant un dialogue exclusif avec le formateur. Dans cette situation, celui-ci a intérêt à solliciter les autres participants et à « rouvrir » sur le collectif. La limitation du nombre d’apprenants contribue également à ce que chacun d’entre eux trouve sa place dans le groupe et puisse s’exprimer.

L’un des principaux écueils vient par ailleurs de toutes les distractions qui surviennent à distance. Il est donc important de rappeler que les smartphones doivent être éteints ou tenus à l’écart. Dans la mesure du possible, les apprenants sont invités à s’isoler quand ils participent à des classes virtuelles, et à avertir le formateur de toute contrainte les affectant.

Parce que les irritants sont amplifiés dans ce contexte, il est important de poser des règles de bon fonctionnement : à quel moment doit-on lever la main ? Quand peut-on poser des questions sur le chat ? Si les participants savent « quoi faire », ils sont plus à l’aise pour intervenir. Ce qui peut sembler relever du détail devient ici primordial.

 

Les formations digitalisées prennent une dimension « apprenante » lorsque les participants sont mobilisés et au cœur d’un apprentissage dont ils sont pleinement acteurs. Charge aux organismes de formation et aux formateurs de varier les rythmes, d’espacer les séquences et de favoriser les interactions et partages afin que les apprenants puissent s’approprier les nouveaux apports et consolider leurs acquis. Sachant que les ingrédients et pistes de réflexion livrés ici s’inscrivent dans un esprit de work in progress ! Toute suggestion complémentaire sera donc la bienvenue.

 

À lire en parallèle : la contribution d’Aurélie Van Dijk dans le n°11 du Mag RH, Vivre ensemble.

 

[1] C’est le cas de CSP DOCENDI.
[2] Chez CSP DOCENDI, on parle de réversibilité de l’offre.
[3]  Sur 3 à 5 jours. Un exemple : il a été proposé à un client de CSP DOCENDI, 1 classe virtuelle par semaine étalée sur 4 semaines.
[4] Durant l’apprentissage, de nouvelles connexions neuronales se créent. La répétition permet de consolider ces connexions, les acquis étant ainsi mieux mémorisés.
[5] Éditions Odile Jacob, 2018.
A propos de l'auteure : Aurélie Van Dijk

Author: A propos de l’auteure : Aurélie Van Dijk

Docteure en psychologie cognitive, Aurélie Van Dijk est consultante formatrice, responsable de la gamme Learning chez CSP DOCENDI. Cheffe de projet pédagogique, elle conçoit, anime et pilote des dispositifs de formation en intégrant les connaissances neuroscientifiques qu’elle a acquises précédemment et qu’elle continue d’actualiser. Dotée d’une expérience de 7 ans au sein d’un laboratoire de recherche en psychologie, elle a publié son premier ouvrage en 2019, Réinventez vos formations avec les neurosciences – Tout comprendre du cerveau et de l’apprentissage des adultes, aux éditions ESF Sciences Humaines.

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