Le Blog des Soft Skills

Enrichir ses compétences humaines, émotionnelles et cognitives

Digital learning : un retour aux fondamentaux servi par l’innovation

Paroles d'Experts

4 septembre 2018

À l’heure de la digitalisation croissante des entreprises, le digital learning a le vent en poupe ! Souvent confondu avec l’e-learning qui se limite à de l’autoformation à distance, le digital learning combine modalités pédagogiques, accompagnement humain et outils technologiques. Pour quels apports en matière de formation ? Cofondateur du cabinet-conseil IL&DI [1], Philippe Lacroix dévoile les atouts, et atours, du digital learning.

 

De la formation telle qu’on la dispensait il y a une trentaine d’années à l’émergence du digital learning, quelles ont été les principales évolutions ?

La formation se démultiplie il y a 25 ans environ, en complément des formations réalisées en intra au sein des entreprises et en inter hors de leurs locaux. Des kits de formation sont fournis à des formateurs occasionnels dans les entreprises, managers ou collaborateurs disposant des compétences techniques sur les sujets visés. Ces kits incluent des supports de formation, les outils appropriés et des consignes d’animation.

Puis vient l’étape de la dématérialisation de la formation, les organismes de formation utilisant des CD-Rom. L’arrivée d’Internet marque ensuite la naissance de l’e-learning, à l’efficacité cependant limitée [2] car il est uniquement composé de contenus de formation. Or, là où un formateur occasionnel repère un apprenant en train de décrocher et va faire œuvre de pédagogie, un module programmé avec un déroulement automatique continue de délivrer des informations sans s’en rendre compte.

D’où l’émergence du digital learning, qui combine les moments d’accompagnement humain en présentiel ou à distance, et ceux d’autoformation via les outils digitaux. C’est la dimension du blended learning [3], qui permet notamment d’évaluer en ligne les connaissances du participant en amont de la formation présentielle [4] ou d’exploiter, jusqu’à un certain degré, ses capacités d’autodidactie. Les manques issus de l’autoformation sont ensuite comblés en présentiel ou à distance par de l’apport d’expertise, du soutien pédagogique, du partage de connaissances de la part du formateur mais aussi des autres participants, via l’apprentissage collaboratif.

En plaçant l’apprenant au centre du dispositif, le digital learning permet à la formation « d’aller » vers celui qui a besoin de soutien.

 

Peut-on dire que le digital learning rencontre les nouvelles exigences d’adaptabilité des collaborateurs ?

Tout-à-fait. Jusqu’à présent la formation a procédé par cycles longs – entretien annuel, plan de formation bouclé fin février pour planifier toutes les formations de l’année. Un collaborateur évoquant un besoin de formation en septembre, n’en bénéficiait pas avant juin de l’année suivante ! Dans des entreprises où l’ensemble des activités se digitalisent, ces temps longs vont disparaître.

Avec la digitalisation de la formation, des modules sont mis à disposition de façon permanente sur des plateformes. D’autre part, qui oserait, dans le cadre d’une formation présentielle de trois jours, ne venir que le deuxième jour parce qu’il maîtrise les notions abordées le reste du temps ? Grâce au digital, les modules à suivre, fractionnables en périodes courtes, peuvent être choisis à la carte. L’accès à la formation est ainsi flexibilisé et le délai entre l’expression des besoins et l’acquisition des compétences, raccourci.

 

Les découvertes des neurosciences révèlent l’impact sur l’apprentissage des sens et des émotions, de l’attention, des principes de mémorisation, de la motivation. Le digital learning intègre-t-il ces apports ?

Les neurosciences [5] légitiment l’efficacité de certaines méthodes pédagogiques reposant sur des mécanismes naturels d’apprentissage qui sont de deux ordres :

  • Ceux qui le favorisent ;

La mobilisation conjointe du corps et de l’esprit, l’utilisation des émotions et des sens, le fait d’être en mouvement, rendent l’apprentissage plus efficace, profond et durable.

  • Ceux qui le freinent.

Le stress, le manque de sommeil, l’absence de maillage des connaissances antérieures avec les nouvelles, rendent l’apprentissage laborieux voire douloureux et peu efficace.

Dans cette optique, l’intérêt du digital learning est d’adapter la formation en séquences conçues pour épouser les capacités du cerveau humain.

L’individualisation des parcours de digital learning constitue également un atout. Si certains préfèrent maîtriser la théorie avant d’aborder l’expérimentation, d’autres ont des appétences inverses. Pourquoi obliger tout le monde à commencer par des apports théoriques ? Réussir un exercice du premier coup n’est pas un objectif en soi ! Demander aux participants de se tester eux-mêmes sur un sujet pour voir ce qu’ils sont capables de découvrir par intuition, déduction ou pure logique, s’avère pertinent dans l’idée d’une véritable appropriation des savoirs.

 

Quelles sont actuellement les modalités les plus intéressantes du digital learning ?

Sans hésitation, la vidéo et le mobile learning, parce qu’ils boostent l’efficacité pédagogique.

Quelle que soit sa forme (interview d’expert, motion design, vidéo dessinée), la vidéo sollicite un sens extrêmement performant : la vue. Il est ainsi possible de décoder un volume d’informations supérieur et de le faire beaucoup plus rapidement ! Les efforts à fournir sont en outre limités.

Quant au mobile learning, les facultés qu’il mobilise lui confèrent tout son intérêt. En effet, l’apprenant se comporte différemment selon qu’il soit derrière son écran d’ordinateur ou qu’il interagisse avec son smartphone.

  • Pour se concentrer sur les informations qui y figurent, il est capable de faire abstraction de tout le reste.
  • Il agit dans le cadre d’une pratique volontaire, d’un acte délibéré. Quoi de mieux pour faciliter une acquisition durable ?

Qui dit mobile learning dit micro-learning, notre utilisation du smarphone étant fractionnée. Un sujet est traité en une dizaine de micro-séquences de quelques minutes auxquelles l’apprenant n’accède pas d’affilée. Le micro-learning s’appuie sur la répétition espacée pour favoriser l’ancrage de la trace mémorielle – à J0, J1, J3, J7, J15.

 

En conséquence, les acteurs de la formation doivent-ils impérativement recourir au mobile learning ?

La réponse devrait être affirmative, mais non. Car l’’ingénierie pédagogique est loin d’avoir suffisamment « digéré » le digital pour être capable d’utiliser le mobile learning avec autant d’aisance que les autres modalités. Or une simple adaptation technique aux caractéristiques du mobile, sans recomposition pédagogique, n’a aucun intérêt !

D’autre part, la principale attente des entreprises clientes des organismes de formation porte encore sur « un formateur pour leurs collaborateurs », bien qu’elles expriment leur désir d’innovation.

Ce qui semble adapté aujourd’hui – certains acteurs le font -, est d’utiliser le smartphone en formation présentielle pour dynamiser les activités en salle. Réaliser des quiz ou des sondages, partager des idées avec les nuages de mots, apporte du challenge et de la nouveauté.

 

Réalité virtuelle ou augmentée, adaptive learning, intelligence artificielle : trois tendances incontournables en formation à l’avenir ?

Effectivement, mais à des échéances différentes.

  • La réalité virtuelle ou augmentée est déjà opérationnelle.

Proposer un contenu à partir de vidéos 360°, de la réalité virtuelle ou augmentée avec des solutions comme celles de la société Uptale (conception d’expériences apprenantes immersives gamifiées), ou Sphere de Speedernet, n’est pas très coûteux et fonctionne bien.

  • L’adaptive learning est aujourd’hui maîtrisé au niveau macro – l’assemblage des bons grains pédagogiques, dans le bon ordre.

Un parcours de formation, constitué de grains pédagogiques, se déploie différemment selon les individus, leurs objectifs, leur niveau initial et leur capacité à apprendre (en étant très accompagné ou très autonome). Des plateformes comme celle de Kumullus© proposent ce genre de séquençage.

Le micro adaptive learning, qui consiste à adapter le contenu même du grain selon les expériences de l’apprenant avec les précédents grains, requiert lui des scénarios très complexes, onéreux en conception. En dehors de  l’Ancrage Mémoriel® proposé par Woonoz, il existe peu de solutions performantes actuellement.

  • L’utilisation du terme IA relève enfin essentiellement d’une démarche marketing en formation.

Ne confondons pas l’IA au sens où l’entendent Google, Amazon, Fb, Microsoft – une IA jouant mieux que l’homme aux échecs ou au go – avec une IA plus performante qu’un formateur, un accompagnateur, un tuteur… Il faudra quelques années pour en arriver là [6] !

 

Quels mots clés pour résumer les apports du digital learning ?

Trois mots : retour aux fondamentaux. Avec le digital learning, il est capital de savoir ce que c’est qu’apprendre (neurosciences), comment faire apprendre (pédagogie), où sont les difficultés d’apprentissage (exercices), comment rassurer les apprenants au fur et à mesure de leur apprentissage (évaluation). On réinterroge toutes les activités constituant la formation. Et l’on essaie de ne pas se laisser enivrer par les prouesses technologiques au risque d’omettre l’essentiel : la pédagogie.

 

[1] Cofondé par Philippe Lacroix et Philippe Gil, le cabinet Il&DI accompagne les organismes de formation et les grandes entreprises dans la transformation digitale de leurs activités.
[2] Avec l’e-learning, les formations non obligatoires ont eu un taux de réussite de 10 % seulement, seules les formations réglementaires obtenant de meilleurs résultats.
[3] Le blended learning est une formule pédagogique combinant des séquences de formation en ligne (e-learning) et de formation en présentiel.
[4] Dans le cadre des formations docendi entre autres.
[5] En 2016, Philippe Lacroix publie, avec Philippe Gil et le Dr Nadia Medjad, Neurolearning, les neurosciences au service de la formation aux éditions Eyrolles.
[6] Une expérience comme celle menée à l’université américaine Georgia Tech est néanmoins troublante. Centre Inffo publie par ailleurs un dossier intitulé Le robot formateur se profile dans son numéro du 1er au 14 septembre 2018.
A propos de Philippe Lacroix

Author: A propos de Philippe Lacroix

Expert en Digital learning, Philippe Lacroix a cofondé avec Philippe Gil le cabinet conseil IL&DI, spécialisé dans l’innovation en formation et le digital learning. Créateurs de la Digital Learning Academy, du Digital Learning Day ou encore de LearnInnov (une solution et des événements dédiés à l’innovation en formation), ils publient avec le Dr Nadia Medjad “NeuroLearning, les neurosciences au service de la formation”, aux éditions Eyrolles en 2016.

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER

Merci, vous êtres bien inscrit à la Neswletter de docendi