| Le
coup de trop
Un combat mémorable de boxe
verbale opposa jadis un manager à son collaborateur.
Objet de la lutte : un rapport soi-disant bâclé par
ce dernier.
Champion du monde en titre, le manager était
un puncheur dont les victimes n’avaient jamais connu
le deuxième round. Le challenger, surnommé « le
cerveau », était connu pour sa vivacité d’esprit
et sa capacité à encaisser les coups les plus
rudes.
Dès les premières secondes du combat,
le manager livra sa première attaque :
— Je ne
suis pas d’accord avec ce que vous écrivez !
Esquivant,
ripostant, le challenger déploya ses arguments et réussit
l’exploit de passer la première reprise. Dans
le round suivant, le champion ajusta sa tactique.
— Vos
phrases sont trop longues. On n’y comprend rien !
Un
peu sonné, le challenger parvint très habilement à résister
aux nouveaux assauts du puncheur en l’attirant sur son
terrain de prédilection : les idées. Il résista
ainsi durant neuf reprises héroïques.
Dans la douzième
et dernière reprise, le champion au bord de la rupture
décocha un terrible uppercut :
— Et en plus, il
y a plein de fautes d’orthographe !
Comme électrocuté,
le corps du challenger vacilla avant de s’effondrer lourdement
aux pieds du vainqueur.
Moralité : S’il est toujours
possible de défendre ses idées, il est plus difficile
de défendre une forme approximative. Pire, nous restons
totalement démunis quand la critique frappe l’orthographe.
Pour élever le débat, évitons les fautes
et soignons la forme. |